
L'église romane St. Jacques de Perros Guirec
L'église Saint-Jacques de Perros-Guirec, bâtie à la fin du XIe siècle en granit rose puis complétée ultérieurement par une partie gothique comprenant un transept et un chœur, abrite de nombreux trésors symboliques qui mêlent la religion chrétienne, l'imaginaire celte lié aux créatures marines et l'imaginaire chevaleresque. Située sur le chemin de Compostelle, elle est d'ailleurs dédiée à saint Jacques, son saint patron, et présente plusieurs sculptures remarquables.
Il s'agit d'abord des chapiteaux du portail, sculptés en bas-relief, qui représentent la lutte du roi Arthur contre le dragon. Arthur, qui incarne les vertus chevaleresques, est secondé dans ce combat par saint Efflam. Originaire d'Irlande, comme la plupart des saints bretons des premiers siècles chrétiens, saint Efflam aurait débarqué sur une plage non loin de Perros-Guirec, dans la baie de Saint-Michel-en-Grève, avant d'ériger son église à Saint-Efflam. Selon la légende, les habitants de la région étaient terrorisés par un dragon qu'Arthur ne parvint pas à tuer. C'est Efflam qui en vint à bout et qui put ensuite s'installer dans les parages. Cette légende montre les limites d'un chevalier, même parfait et habité par toutes les vertus chevaleresques, face à un saint animé par la puissance divine. Toujours à l'extérieur, on peut également voir l'image de saint Guirec, ou Kirec, arrivé en Bretagne depuis le pays de Galles en compagnie de saint Tugdual. On le reconnaît à son bâton.

Ensuite, outre le décor habituel propre à l'art roman, on trouve la représentation d'un poulpe, unique dans l'art roman européen, qui souligne le lien entre la mer et le peuple qui habite ces terres. Le poulpe a-t-il un caractère maléfique, celui d'un monstre qui, de ses tentacules, entraîne vers l'enfer ? Ou plutôt bénéfique, puisque c'est la mer qui fait vivre ces populations ? Le poulpe ne figure d'ailleurs pas dans le Physiologus, le grand bestiaire de référence du Moyen Âge. Le Christ en majesté, encadré par deux des quatre Vivants, l'aigle, symbole de saint Jean, et le lion, symbole de saint Marc, ouvre la voie vers le salut.

À l'intérieur, le symbole de la roue et les cornes de bélier représentent un renouveau, non seulement de la nature, mais aussi de la religion. On y trouve également la plus ancienne fresque bretonne de la Nativité de la Vierge, ainsi que le sacrifice d'Isaac. Le poulpe est de nouveau représenté à l'intérieur de l'église, de même que des scènes de la Genèse. Les deux colombes qui boivent dans la même calice représente un symbole eucharistique. Les mystérieux chapiteaux sont en outre ornés de grosses têtes humaines. S'agit-il des têtes des premiers moines arrivés d'Irlande et du pays de Galles sur ces terres, et en particulier de celle du premier abbé ? Ou plutôt de représentations anthropomorphes des vertus ou des péchés ? Malheureusement, une partie des colonnettes a été détruite lors d'un tremblement de terre à la fin du XIe siècle, et le reste de l'église a été reconstruit dans le style gothique. Le grand bénitier de granit, orné de quatre personnages est contemporain de la construction romane.
