Journal d'été
Je sens l'automne dans mes narines et une légère tristesse qui s'installe. Je suis née le mois du feu quand le soleil s'embrase et le dieu Lugh arrive en bateau parmi les hommes. La lumière caresse les joues, les fleurs et les plantes. Elle tombe sur les pierres et sur les rochers, sur les troncs des arbres couchés par la tempête. Les animaux s'y réjouissent au milieu des vagues. Le passage de Lugh, le dieu de lumière et de feu, se fait sentir dans tout l'environnement. La terre et la mer se réchauffent, les humains se transforment en créatures marines. Les feux de Lughnasa précèdent mon anniversaire. C'est un mois qui brûle, mais c'est aussi le mois des récoltes. L'ambivalence du feu, source de lumière et de destruction à la fois : toute destruction appelle ensuite une reconstruction, une transfiguration par le feu. Lugh, le soleil, nourrit les humains et fait pousser et mûrir les légumes et les fruits. Les animaux mettent bas et de nouvelles créatures viennent au monde. C'est aussi le mois où je deviens poisson, selkie ou sirène et je nage parmi eux. Je suis née le mois de Lugh, le dieu de la créativité, patron des arts. Poésie, peinture, musique, film, photographie... Sons et couleurs font vibrer la nature et l'humain depuis le début des temps. La nature et l'humain sont pour moi sources d'inspiration de tout art. Les sens communiquent pleinement avec la nature, tous les cinq sens, et peut-être le plus profondément notre sixième sens... L'humanité est un grand mot que les philosophes aiment trop souvent employer, mais que serait l'homme coupé de ses racines naturelles ? Un aliéné, un étranger sur terre... Je suis sauvage, je l'ai toujours été, et aucune bête ne s'en prend à moi car nous sommes en partie pareilles. Mon totem est le loup, je suis une femme qui court à ses côtés.
Cette année, j'ai choisi de célébrer mon anniversaire là où la mer finit, au milieu de la nature, pour que tous les éléments puissent y participer et pour que je rende grâce à tous. La mer à mes pieds, le sable chaud, la forêt au-dessus, et nous, partageant notre pique-nique sur la terre. Une légère brise marine apaisait nos corps brûlés par la chaleur et apportait à nos narines des nouvelles des terres et mers lointaines. Les chevaux couraient là où, avant, ils étaient menés par la déesse Epona à travers vents et marées. Un petit chien teckel explorait la mer sur un petit bateau, quelques personnes égarées sur la petite plage, un jeune homme sorti du milieu des vagues… un canard qui se réjouissait à côté d'une famille.
Il y a un monde visible et un monde invisible, que les yeux n'arrivent plus à voir mais qui s'ouvre parfois à nos yeux intérieurs.
On est en communion avec tous les éléments et j'essaie de respecter toutes les créatures qui peuvent peupler notre monde : les arbres, les fleurs, les animaux. Jadis, j'ai écrasé un escargot par erreur. L'harmonie est très importante. Lorsque l'une des créatures, et notamment l'homme, ne respecte pas les autres, il y a des conséquences. La surconsommation, la pollution, le plaisir de torturer les autres créatures, le non-respect des plantes et des animaux, de l'air et de la mer, les guerres fratricides sont des événements en mesure de troubler cet équilibre planétaire, mais aussi cosmique, car « sur la terre comme au ciel ». La lune couvre la lumière du soleil et le ciel pleure avec des étoiles filantes. Une fois cette harmonie brisée, les catastrophes naturelles s'enchaînent. C'est alors que les feux de Lugh nous brûlent, et pour les apaiser, il faut appeler les paparudes, des petites filles innocentes, esprits de la forêt, couronnées par les arbres et les fleurs et habillées de feuilles, qui sont en mesure d'apporter la pluie.
Au milieu du mois, la Dormition de la Vierge ou l'Assomption, un départ vers les cieux qui me rappelle une procession sur les remparts et les pardons, parfois au milieu de la nature, et le 20 août apporte déjà les premiers jours d'automne. La lumière commence peu à peu à quitter la terre, le bateau de Lugh s'éloigne. L'enfant qui reste en moi se demande où s'en va le soleil.
La déesse qui se promène sur la mer et apporte la paix aux âmes m'a fait le plus beau cadeau, à l'heure où le soleil se couche au milieu des vagues. J'ignore si son nom est Epona, celle qui conduit son cheval blanc parmi les vagues, ou Ana, la mère de tous les dieux, ou bien sainte Enora.
Quand le Créateur dessine avec le soleil
Et joue avec les crêtes des vagues
Les yeux éblouis regardent le paysage,
Mais ils ne peuvent pas contenir
La beauté qui s'ouvre devant eux
Au-dessus, le mystère de la forêt vivante
Qui respire et nous aide à respirer
Remplie d'invisibles créatures
Des mers et des peuples lointains
Correct également, pas de faute.
Le plus important défi du monde :
Comment être naturel ?
Au loin, les rochers de Dourven
Cachent les bateaux du port
La brume laisse sa place au soleil.