La Bretagne : Entre le mystère, la mer et les petits êtres invisibles
Existe-t-il encore des contes de fées en train de s'écrire ? S'il existe une terre où l'on peut encore écrire des contes de fées, je dirais que cette terre, c'est la Bretagne. Les déesses se baladent encore au bord de la mer, parfois elles chevauchent un cheval blanc ; les korrigans et les fées sont sans doute cachés sous les grosses feuilles ou derrière un arbre séculaire, tandis que les vagues portent le mystère et l'odeur des autres mondes, certains très lointains, d'autres même engloutis.
Terre de mystères et de rencontres : la générosité des gens, les paysages sublimes et sauvages à la fois, les pierres qui chantent, les randonnées sur les falaises. Hier soir, à un Fest Noz, j'ai aperçu un personnage qui aurait très bien pu être un hobbit, et je m'attends à ce que les fées veillent sur mes pas sur les sentiers de randonnée. Architecture traditionnelle, maisons à colombages, légendes oubliées depuis longtemps racontées par le libraire. En même temps, c'est une terre accueillante : je trouve un Mexicain qui s'y est installé il y a un quart de siècle et qui fait de bons burgers. Partout des « ty », ce qui veut dire qu'on est partout chez soi, et sans doute, s'il faut se nourrir de quelque chose, personnellement je préfère tout ce que la mer peut nous offrir, mais également les galettes et les crêpes, et encore un peu plus si elles sont accompagnées d'une jolie vue sur une place, une ruelle ou la mer. Mais rien de mieux que les moules fraîches, récemment sorties des vagues.
Les chants bretons, dansants et gais, ou plus sobres avec des résonances anciennes, nous transportent dans un monde au-delà des vagues, au-delà des siècles et de tout temps. Chantés sur la place publique, dans un café-bar ou dans une église, ils nous entraînent à la danse ou à les fredonner à notre tour. On a l'impression de voir et de toucher l'éternité dans une continuité parfaite avec le passé, avec les ancêtres, avec les traditions.
Encore une fois, je suis convaincue que la mer est enchantée. Je ne serais guère étonnée de voir une sirène ou une selkie nager autour de moi. L'approche des vagues me calme, et le soleil qui flotte au-dessus, sur un ciel parfois clair, parfois nuageux, et qui éclate en fin de journée dans un dégradé de couleurs, me rappelle encore une fois la beauté sacrée de ce monde. Cette même mer fut traversée autrefois par des saints qui se sont ensuite engagés, parfois, dans des combats contre les dragons et les vieilles croyances, et qui ont laissé leurs noms à plusieurs localités. Un combat non sanglant, cependant, et parfois même une cohabitation permissive.
Si le saumon de la sagesse existe, je suis sûre qu'il se cache quelque part, pas très loin. Les menhirs et les dolmens, témoins d'une sagesse ancienne, peut-être perdue mais qui perdure néanmoins, complètent le paysage et mon monde de rêve et de mystère.