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Pourquoi regarder Hamnet ?

Car je crois qu’il établit une belle connexion avec l'ancienne religion dans ce qu'elle a de plus sacré. Et ce qu'il y a de plus sacré, c'est le lien avec la terre, les arbres, la connaissance des plantes, la lecture des signes du temps et la maîtrise des tempêtes et du soleil. Le culte de la Vierge Marie s'est développé en France comme une continuation d'un culte archaïque des déesses tutélaires, de même que le culte d'Anne prolonge, d'une certaine façon, celui de la déesse celte Anna.

Une autre dimension m'a profondément fascinée : le lien avec la mort et sa personnification. C'est une période où la mort fait pleinement partie du quotidien. Elle est omniprésente. C’est l’âge des grandes épidémies qui font beaucoup de morts. La mortalité infantile est aussi  très élevée à l’époque en raison des conditions de vie. C'est ma conviction, nourrie par mes expériences personnelles, que les enfants sont beaucoup plus sensibles aux réalités d'autres mondes, et notamment à l'au-delà. Il n'y a pas vraiment de sentiment de peur lié à la mort, en tout cas, pas si fort que plus tard dans la vie, car on a l'impression que ce monde n'est pas complètement inconnu et on n’est pas encore très lié au monde où on vit.

Au cours des XIVe et XVe siècles, dans l'art, se développe la série des danses macabres, où la mort, personnifiée et représentée le plus souvent sous la forme d'un squelette, habillé ou non, danse avec tous : les rois, les évêques, les marchands, les paysans, les hommes et les femmes, les pauvres et les riches. Cela souligne l'égalité devant la mort. Le fait de tromper la mort est une belle idée associée aux jumeaux d’Agnès. Ce sacrifice demande à la fois beaucoup d'amour, de courage et de noblesse de la part de celui qui s'y abandonne. C'est le sacrifice qui nous conduit vers un changement de la condition humaine, qui nous permet d'accéder au divin.

J'ai aussi été bouleversée par le discours de Jesse Buckley à la réception de son Oscar, car l'hommage rendu au beau chaos du cœur d'une mère est sublime. Nous cherchons tous le confort, et pour l'obtenir, il faut se sentir rassuré : nous avons besoin d'habitudes, et nous devenons prisonniers de celles-ci. Elles sont nécessaires pour nous sentir bien. Pourtant, le chaos est bien plus sublime, car il surgit lorsque de nouveaux sentiments apparaissent et que nous les acceptons. Notre cœur s'élargit, nos habitudes s'effondrent, ainsi que les fondations mêmes de notre monde. On aime, on s'adapte. Le chaos demande davantage de courage pour être accepté, mais l'expérience qui en découle, qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, est inestimable.

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